Top Cinéma/Séries 2025

Le cauchemar qui nous encercle, nous isole et nous étouffe est la menace contre laquelle les personnages des meilleures œuvres de 2025 – selon votre serviteur – se sont débattus. Défier, par les moyens du cinéma, l’impuissance, imposée ou consentie, agir et se battre au nom de la pulsion de vie, l’amour et reconquérir une forme de dignité, voilà ce qui est au programme de ces séries et films qui nous aident à exister.

GRAND ECRAN

UNE BATAILLE APRES L’AUTRE de Paul Thomas Anderson

Où est-on ? Quand est-on (sic) ? Est-ce un thriller – d’après les quinze premières minutes du film ? Une comédie – d’après les Golden Globes ? Une grande histoire tordue d’amour ? Une réflexion sinueuse sur la parentalité ? Un film politique sur la révolution ? Une fable ? Vous nous direz, on n’a pas eu le temps de se poser ces questions pendant les 2h42 de ce fabuleux film, le plus divertissant et émouvant de Paul Thomas Anderson, entre courses-poursuite démentes, le personnage de bouffon terrifiant et inoubliable de Sean Penn et l’incroyable Chase Infiniti dans le rôle de Willa. L’irréalité qui baigne le film est au diapason de l’irréalité de notre époque et au-delà des échos évidents – ICE vs les immigrants – on sort du film la tête haute, en croyant à l’amour et à cette alliance chancelante des humbles et des générations contre les Aventuriers de Noëls de toutes les latitudes.

L’AGENT SECRET de Kleber Mendonça Filho

A regarder en séance combinée avec Une Bataille après l’autre. Même atmosphère surréaliste même si ici, « tout est vrai ». Au Nord du Brésil, à Recife, pauvre et rebelle pendant la sanglante dictature des années 70, au moment du carnaval… et de la sortie des Dents de la mer, un homme – interprété par Wagner Moura, le Escobar de Narcos et prix d’interprétation à Cannes – arrive pour retrouver son fils et recommencer sa vie. On comprend qu’il est en cavale, tout comme la communauté qui l’accueille, fuyant des tueurs à la solde du régime. Voici pour le déroulé « linéaire » de l’histoire. Mais L’Agent Secret (dans lequel, spoiler alert, il n’y a ni agent secret ni espion) est un dédale flottant de sensations et d’émotions, façon Twin Peaks plutôt que Spielberg, racontées par le prisme du suspense et de l’étrange. Face au trauma, à la terreur et à la violence du régime policier se dresse une galerie de personnages magnifiques, une famille qui se choisit et se serre les coudes, nourrie par la force vive de la culture populaire – carnaval, légendes urbaines, cinéma américain, musique brésilienne… Face au retour du cauchemar avec Bolsonaro au Brésil et partout ailleurs sur la planète, un film qui part de la mémoire pour nous sortir de notre isolement.

OUI de Nadav Lapid

A partir d’un point de départ qui aurait pu être romanesque (un couple d’artistes prêt à toutes les compromissions dans une société israélienne en stade terminal de fascisation) OUI est en fait un film-essai sur l’obscénité, l’horreur et la dissonance via les moyens du spectacle. Lapid s’engage dans un combat à mort contre l’apathie, notre apathie, avec une mise en scène étourdissante, épuisante et même complètement maniaco-dépressive (après la frénésie de l’intro, la – très – longue deuxième partie).

Il y a du Fellini, Lynch (Twin Peaks saison 3) mais parmi ses contemporains c’est avec La Zone d’Intérêt, formellement aux antipodes que dialogue d’abord OUI. Que montrer et comment ? Les idées abondent : la chorégraphie d’intro, l’utilisation du son et des bruits de la guerre en hors-champ, le plan terrible qu’on imagine documentaire, volé, sur Gaza en fumée, le monologue dans le voiture sur le 7 octobre. Le film a fait l’objet d’un ample débat critique et politique, étant parfois admiré et souvent condamné au nom (je vais aller très vite) d’un refus d’obstacle, et d’une insoutenable légèreté face à la réalité de l’extermination à Gaza. Il me semble que c’est un procès d’intention. OUI essaye énormément et ne réussit pas tout mais son point de vue est le plus légitime que pouvait porter Lapid qui dit par ailleurs que les Palestiniens doivent avoir les moyens de faire leurs films sur Gaza. Ses personnages, leur faillite morale et leurs errements nous tendent le plus inattendu des miroir.

NOUVELLE VAGUE de Richard Linklater

Que serait un top annuel sans film de Richard Linklater ? Au loin les cauchemars des autres films, Nouvelle Vague c’est la foi absolue en la jeunesse, la créativité, la camaraderie, la fantaisie et le cinéma pour se créer un endroit à soi sur cette terre, une tribu – et qui sait, accoucher peut-être un jour d’un autre monde. Film facétieux et pétillant sur la création de A Bout de Souffle, loin de tous les affreux biopics façon Musée Grévin, on sort de la séance en appelant ses amis pour leur proposer de faire des films ensemble. En hommage à la paresse de Godard célébrée par le film, je vais recycler ma critique de 2016 (!) sur une autre splendeur de Linklater. « Everybody Wants Some !! Nouvelle Vague campe une galerie de personnages originaux, charismatiques et attachants dont émane un sentiment diffus de tendresse, de légèreté, de nostalgie et d’euphorie. Un film fin, généreux où il ne se passe pas grand-chose mais qui rend heureux ».

Mentions spéciales :

Prix Save The Cat : DOSSIER 127 de Dominik Moll. Léa Drucker, flic à l’IGPN au moment des Gilets Jaunes, soigne et recueille un matou paumé et blessé dans son parking.
Pour rappel, le Save The Cat est un cliché d’écriture qui consiste – dans le but de rendre attachant un personnage, même affreux – à lui faire faire des choses mignonnes, par exemple aimer les animaux.
Un bel exemple récent dans Squid Game saison 1 épisode 1.
Envoyez-nous vos préférés !

Prix c’est Cannes ou c’est cané ? : SIRAT de Oliver Laxe. Masterpiece ou nanard techno-cosmique ? Sirat a été une expérience hypnotique en même temps qu’un long fou rire nerveux qui a commencé à partir de LA SCENE (si vous êtes l’un des 700 000 spectateurs en France – chiffre de dingue – vous voyez de quoi on veut parler) jusqu’à la fin. Cela dit, si la valeur définitive d’une oeuvre d’art à la fréquence à laquelle on y repense, même des mois après, alors Sirat était un chef d’oeuvre, un geste punk absolu.

Un autre trophée qu’on aimerait mettre en place en 2026 : la plus longue chaîne continue de films avec une scène de danse. Pensez-y et envoyez-nous vos records.

PETIT ECRAN

CLEAN – M6

Trois femmes de ménages à la Défense, invisibles aux yeux des traders, écoutent leurs secrets aux portes et se lancent dans une audacieuse combine boursière pour sortir de la dèche et financer leurs rêves.

Petit bijou vu à la télévision sur M6, la télévision de papa – on ne peut pas faire plus grand public – Clean est une mini-série 4×52′, une comédie à suspense dans la meilleure tradition française, celle des fables de Molière et Marivaux où les exploités s’émancipent en se travestissant et en retournant les armes des exploiteurs contre eux. La trame est familière, le cinéma français l’a souvent ruinée ? Ici tout est fin, pétillant, ludique, vif et crédible en prime ! Les rouages du délit d’initié sont expliqués avec la plus grande clarté et l’intrigue, à tiroirs, ciselée, met sur orbite des personnages de battantes, attachantes et courageuses. Avec de vrais moments d’émotion, notamment autour de Alix Poisson et sa fille, prises dans l’étau de la lutte des classes.

THE REHEARSAL saison 2 – HBO

Grand écart avec la proposition la plus expérimentale vue sur un service de TV mainstream (certes HBO). Nathan Fielder, à l’avant-garde de la comédie absurde et du malaise, propose avec The Rehearsal un show meta délirant aux confins de la téléréalité, du documentaire, de la fiction… et peut-être de la comédie ? Le concept reprend celui de la saison 1 : qu’est-ce qui se passerait si on vous permettait de répéter, comme au théâtre, tous les moments importants de votre vie pour enfin les/la réussir ? Peut-on retirer le hasard et le conflit de notre existence ? OVNI, cette première saison nous faisait basculer dans une expérience quasi-autistique (c’est un gag dans la saison 2 d’ailleurs), intéressante sur le papier mais à des années-lumière de l’humour… et honnêtement pas très aboutie. Peut-être fallait-il en passer par là pour aboutir à cette saison 2 d’un tout autre calibre. Le point de départ ? Arrêter les accidents aériens en apprenant aux pilotes et co-pilotes à mieux communiquer… Ce qui commence par recréer un faux aéroport en studio. De là mille idées et directions, en gardant la folie métaphysique et les moyens de la saison 1 mais en y injectant une générosité, une profondeur, de l’humanité et même parfois… de l’humour ! Des tonnes de moments marquants : le final bien sûr, l’épisode en Allemagne, les chiens clonés mais pour moi LA pépite absolue, le télé-crochet monté au sein même de la série : Wings of Voice… La pointe de la réflexion sur les frontières entre vrai, faux, documentaire et fiction.

SEVERANCE saison 2 – Apple TV

Un retour en forme pour Severance qui ne s’effondre pas sous le poids de tous ses mystères – c’est déjà pas mal – et réussit à élargir le champ de sa fable sur l’aliénation et l’identité — Ben Stiller a décidément beaucoup de talent. C’est un peu la version divertissement de Twin Peaks saison 3 — une odyssée pour retrouver notre alter ego, cette part de nous qui nous définit et qui nous est devenue étrangère. On ne peut s’empêcher de penser que ça aurait été un phénomène de société si c’était sorti il y a 10 ans sur HBO (et pas aujourd’hui en pleine series fatigue sur Apple TV) — le phénomène que Westworld rêvait de devenir à l’époque. Et mention spéciale pour le final de l’épisode 3 avec la découverte de Eminence Front, chanson des Who funky (?) inconnue au bataillon jusque-là pour moi.

EMPATHIE – Canal+

Tout ce que vous avez lu ou entendu sur Empathie est vrai. Une chronique à la créativité rare, empreinte de douceur et de poésie qui s’empare de sujets éminemment graves et regarde tous ses personnages, patients ou pas, avec la même humanité. Parmi ses nombreux miracles (rendre crédible et bouleversants des trajets de personnages complètement fous, venir du Québec et être diffusée sans sous-titres en France, rebooter à elle seule la carrière de Thomas Ngijol) le moindre n’est pas d’être totalement à la hauteur de son titre, de l’Empathie sans pathos ou effet de manche.

DES VIVANTS – France 2

Adaptation fictionnelle des souvenirs des Potages, un groupe de rescapés qui sont restés en contact étroit après le Bataclan, Des Vivants poursuit le travail remarquable de Jean-Xavier de Lestrade : une approche pudique et limpide du trauma et de la possibilité ou pas de se reconstruire après, avec des conséquences jamais là où on ne les attend. Depuis 2015, le cinéma français n’a pas eu peur de s’emparer du motif des attentats (Revoir Paris, Amanda, etc…) mais la série propose de dépasser la réminiscence et la catharsis pour proposer une (tentative de) thérapie. Comment ? Par le format long, les ellipses, la choralité, la quotidienneté, et cette mise en scène à l’épure, moralement exemplaire, qui me semble ne pouvoir exister que sur le petit écran, c’est-à-dire un espace où nous pouvons entrer dans la vie des personnages et faire d’eux nos proches, sur la durée.

Love & Music & Movies, bisous

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