Comme la version américaine In Treatment, En Thérapie est un remake de la série israélienne BeTipul.

Le pitch de ces différentes versions est le même. Le personnage central est un psy (-chothérapeute aux US, -chanalyste en France, c’est important pour la suite). Chaque épisode est une séance consacrée à un patient. Le lundi, c’est la séance de Ariane, 40 ans toubib. Le mardi, c’est Adel, flic. Le mercredi, etc… Enfin le vendredi, c’est notre héros, dont la vie se délite, qui consulte lui-même un psy. Arrivé au bout de la semaine et ses cinq épisodes, c’est parti pour une nouvelle semaine. La première saison de En Thérapie compte 35 épisodes, soit 7 « semaines » de thérapie.
Principe minimaliste et rêve de producteur (un décor et demi et deux personnages à tour de rôle) pour une écriture et une dramaturgie d’une sophistication extrême : In Treatment est un choc, un thriller de l’intime, peut-être la série sous sa forme chimiquement pure, comme on peut trouver, par chance, des diamants géants sans défauts au fond des cavernes. C’est aussi une série qui ne pouvait être qu’audiovisuelle : sous le labyrinthe trompeur du langage couvent des gestes, des regards, des désirs qui ne mentent pas et que seule une caméra peut capter.
Mais là où In Treatment est universelle, viscérale, sophistiquée, En Thérapie, en faisant de son psy un psychanalyste, se débat, malgré ses qualités, dans un décorum daté, jargonnant et parfois poussiéreux. Est-ce là une réalité française (la psychanalyse conserve dans notre pays une aura qu’elle n’a plus aux US où elle est depuis longtemps discréditée au profit, par exemple, des théories comportementales) ou la faute à un imaginaire paresseux ?
Ce parti pris d’écriture déborde dans la direction artistique. Là où le cabinet US très neutre (avec ses maquettes de bateaux) et le peu de jargon sont au service du face-à-face entre les deux êtres humains qui se cachent derrière le psy et son patient, le décor vu et revu (l’appartement haussmannien recouvert de livres) et la joute des références à Freud et Lacan traduisent un manque de convictions qui rendent le drame intime et la thérapie plus anecdotiques pour ne pas dire anachroniques.


Ce flottement se retrouve dans la mise en scène moins serrée, plus lâche : qu’apportent l’utilisation du format « large » et des plans d’ensemble qui noient les patients dans le cabinet au lieu de se consacrer sur leurs visages et le corps ? Plus qu’un choix, cela ressemble à une décision par défaut, pour « faire cinéma ».
L’ajout principal par rapport à la matière d’origine est le contexte des attentats du Bataclan. Parfois ce risque paye : Adel, le personnage de flic incarné par Reda Kateb est une franche réussite : il ne pouvait exister qu’en France, à ce moment précis. Fils d’immigrés algériens ayant fui les horreurs de la décennie noire, il est soudainement confronté à une « arabité » qu’on lui jette à la gueule, c’est un choc existentiel radical. Mais ailleurs (le personnage d’Ariane ou les justifications que le psy se cherche) c’est une accumulation un peu artificielle, un prétexte dont n’avait pas vraiment besoin la série. Dans In Treatment, en l’absence d’élément déclencheur spectaculaire, c’est la vie et l’analyse qui deviennent exceptionnelles, dramatiques. La vie devient d’un coup trop dure à supporter, c’est la tragédie et le point de départ de la thérapie. Mais ne tirons pas sur l’ambulance : même si l’essai n’est pas totalement transformé, le Bataclan, un événement pour lequel nous aurions probablement tous besoin d’une analyse, est un choix fort.
Avant de conclure en louant la performance des acteurs, reste une question lancinante : ce traitement sépia de la psychanalyse était-il une fatalité ? A en juger par le récent et très beau Deux moi, de Cédric Klapisch, on peut en douter. Traitant d’un fait contemporain : le sentiment dépressif de trentenaires en proie à la misère sociale et sentimentale, le film propose deux psys – et deux cabinets – aux antipodes de cette poussière. C’est un choix d’écriture : les psys ont deux personnalités et deux façons de travailler nettement différentes qui se retrouve dans des décors et des costumes originaux : le dénuement du cabinet de François Berléand s’oppose au velours de celui de Camille Cottin. Ainsi, Klapisch invente avec beaucoup de poésie, deux thérapeutes qui, pour traiter le mal du siècle, sont bien dans leur siècle et qui rendent à la thérapie son universalité.

