Cet article a initialement été publié sur Facebook en janvier 2017
Sans plus attendre, le classement avant quelques mots sur chaque film.
TOP 3
THE NEON DEMON de Nicolas Winding Refn
TONI ERDMANN de Maren Ade
EVERYBODY WANTS SOME !! de Richard Linklater
Au pied du podium, par ordre chonologique :
LES 8 SALOPARDS de Quentin Tarantino
CE SENTIMENT DE L’ETE de Mikhael Hers
THE ASSASSIN de Hou Hsiao-hsien
MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols
LA LOI DE LA JUNGLE de Antonin Peretjatko
RESTER VERTICAL de Alain Guiraudie
REPARER LES VIVANTS de Katell Quillévéré
et mention spéciale : JODOROWSKY’S DUNE de Frank Pavich

Expérience sensorielle limite, son et lumière baroque et horrifique servi par une bande-son magistrale (l’électro glacée de Cliff Martinez), THE NEON DEMON est un conte de Cendrillon – la remarquable Elle Fanning – dans un Los Angeles de vampires mannequins, obsédés par son innocence et sa beauté juvénile. Déjà-vu ? Trop 70’s ? Outrancier ou complètement grotesque ? Tout cela probablement mais le film assume le parti pris de la fable et la transcende par une maîtrise glacée et envoûtante. En enchâssant les visions en apesanteur et les transes kaléidoscopes comme autant de joyaux flamboyants (le shooting initial, la première fête, la nuit bleutée sur Los Angeles, le défilé du « démon ») THE NEON DEMON se donne à la chair et à l’esprit comme pur objet de jouissance, viscéral, morbide et fascinant au sens fort. Au fond, Winding Refn est un tragédien grec. Les thèmes qui l’obsèdent sont immémoriaux (survivre au destin et à la malédiction des dieux, dévorer ses propres enfants) et la violence sourde et l’ordre implacable qui régissent toute son œuvre sont autant de connections à un monde sacré, absolu et archaïque, qui nous dépasse et nous obsède à la folie en même temps qu’il nous transforme.

Un père (Toni) et sa fille (Ines) se sont perdus de vue. Lui est un baba cool un peu à la dérive, un professeur de piano à la retraite aux blagues lourdingues. Elle est une jeune consultante ambitieuse et sans états d’âmes, dévouée corps et âme à une carrière prometteuse. Elle est en mission à Bucarest, son père débarque un jour sans prévenir. Jugeant unilatéralement que la vie de sa fille est un naufrage, il se lance dans une dernière mission à l’aide de toutes ses farces et attrapes. Que va-t-il se passer ? On pourrait dire déjà que le film évite tous les écueils mais ce ne serait pas rendre hommage à son génie. Car génie il y a. Autour de de deux personnages principaux monstrueux et fantastiques, le film – à l’image des grands burlesques ou du théâtre de Molière – prend le temps de créer ses propres règles : scène après scène, Ines et Toni se déguisent, jouent l’un contre l’autre, l’un pour l’autre, pleurent, tombent, se relèvent et avancent. Qui sauvera qui ? Comment ? C’est très drôle, très émouvant et d’autant plus désarmant que le monde autour d’eux passe au scalpel dans toute sa bêtise triomphante, une autopsie inégalée et sans faux semblants (oubliez Daniel Blake) de notre époque. Une intelligence acérée, beaucoup d’amour et de larmes, de l’humour à revendre et avant tout de l’imagination. A voir absolument.

Une comédie légère en apparence mais surtout une tranche de vie parfaitement capturée. Au Texas, au tout début des années 80, Jake, jeune espoir du baseball est sur le point d’effectuer sa première rentrée universitaire. Aménageant dans le manoir de l’équipe de la fac, il fait connaissance avec ses coéquipiers, une tribu de doux dingues hauts en couleur, rencontre Beverly, une ravissante étudiante en lettre, et écume les boîtes de la ville rock, country ou metal et les premières fêtes avec ses nouveaux camarades. Servi par un casting d’inconnus irréprochables et une bande-son toujours à propos, EVERYBODY WANTS SOME !! campe une galerie de personnages originaux, charismatiques et attachants dont émane un sentiment diffus de tendresse, de légèreté, de nostalgie et d’euphorie. Un film fin, généreux où il ne se passe pas grand-chose mais qui rend heureux.

Un huit clos en trompe-l’œil parfaitement chronométré, caustique et jouissif, dans une atmosphère patiemment travaillée : ah ce premier plan de la croix dans la neige avec en fond le thème lugubre de Morricone !

Un film solaire qui agit comme un baume en explorant au cours de 3 étés successifs toutes les facettes du deuil grâce à beaucoup de douceur et des interprètes subtils dans la retenue.

Faux film de sabre et vraie estampe médiévale, ce voyage dans une Chine mystique séduit par la beauté suprême de ses collines, de ses étoffes, de ses coiffes, de ses ballets, etc… et le mutisme de son interprète principale, assassine forcée de revenir sur ses terres d’enfance pour accomplir sa première mission.

Une SF qui évoque Spielberg avec la fuite de ce père et de son enfant aux dons surnaturels à travers les Etats-Unis. Une atmosphère visuelle hypnotisante, une mise en scène viscérale et immersive et une course contre la montre haletante pour un grand moment de plaisir.

Après la Nouvelle Vague dans La fille du 14 Juillet, Peretjatko s’attaque aux comédies nanardesques dans cette drôlatique aventure non-sense en Guyane. Le résultat fait souvent penser à une sorte de cousin nerd du 2ème OSS. Vimala Pons est formidable, les sketches fusent dans une ambiance potache et le fond est acerbe et brillant avec cette histoire de stagiaire venu homologuer la première piste de ski indoor de Guyane.

Un film indescriptible et inracontable qui suit les errances de Léo pour « rester vertical » à travers trois superbes paysages : le causse Méjean, le marais poitevin et Brest. L’image est dure et sublime, c’est drôle parfois, surprenant toujours, ça parle de devenir père, de désir pour les corps masculins et féminins, de l’angoisse de la page blanche, de la peur du loup et de partir en Australie. Le titre est merveilleux, le film est (très) tortueux mais vous rendra au centuple l’attention que vous voudrez bien lui porter, un jour ou l’autre.

Un vrai mélo, beau et sincère, sublimé par une mise en scène personnelle, poétique et pudique. Une rare émotion se dégage de ce film choral maîtrisé et réussi.

Le destin maudit d’un projet fou, traité assez sagement mais hanté par la présence bigger than life de Jorodowsky. L’occasion surtout de voir et de comprendre ce qu’est un gourou. Par ailleurs l’anecdote sur les cours de karaté de son fils est probablement la chose la plus ahurissante vue sur grand écran cette année.
